ALÉTHOCLASTE
nom et adjectif
A. – Substantif
Définition
Personne, groupe ou instance qui participe activement à la désagrégation de la vérité factuelle par des procédés discursifs, rhétoriques ou médiatiques, visant à substituer au réel vérifiable un système narratif émotionnel, idéologique ou identitaire.
B. – Adjectif
Définition
Relatif à une entreprise de destruction ou de neutralisation de la vérité.
Stratégie aléthoclaste ; rhétorique aléthoclaste ; écosystème informationnel aléthoclaste
C. – ÉTYMOLOGIE ET FORMATION
Du grec ancien ἀλήθεια (alétheia, vérité) et κλαστός (klastos, brisé). Mot savant construit par analogie avec iconoclaste et logoclaste.
D. – HISTORIQUE
| Date | Attestation |
|---|---|
| v. 2024 | Premiers emplois dans des essais de critique médiatique |
| 2026 | Usage stabilisé dans la presse spécialisée |
| 2028 | Entrée dans des publications universitaires francophones |
| 2032 | Entrée dans les dictionnaires généraux |
E. – DOMAINES D’EMPLOI
Sciences de l’information · Sociologie politique · Philosophie contemporaine · Journalisme · Études numériques
F. – SYNONYMIE (APPROX.)
| Terme | Nuance |
|---|---|
| complotiste | croyance spécifique |
| pseudognoste | illusion de savoir |
| sophiste | manipulation argumentative |
| propagandiste | finalité politique |
Aucun synonyme strict n’est attesté.
G. – ANTONYMIE
Aléthophile · rationaliste · factuel · véridictionnel (didact.)
H. – EXEMPLES LITTÉRAIRES ET ESSAYISTIQUES (fictifs)
M. Delmas, Épistémologie du soupçon, 2026
« L’aléthoclaste ne nie pas les faits : il les pulvérise jusqu’à les rendre indiscernables. »
S. Armand, Médias et ruines du réel, 2028
« L’aléthoclasie est moins un accident qu’un modèle économique. »
R. Benchetrit, Le Désordre informationnel, 2031
« Nous avons cessé de débattre des idées ; nous débattons désormais sur des gravats de vérité. »
I. – REMARQUES D’USAGE
Le terme aléthoclaste ne constitue pas une invective mais un outil analytique. Son emploi suppose un cadre explicatif ; hors contexte, il peut être perçu comme stigmatisant.
PREMIÈRE POLÉMIQUE MÉDIATIQUE (2030)
🧨 « Aléthoclaste » : le mot de trop ?
📍 Déclencheur
Janvier 2030, tribune publiée dans un grand média numérique français, signée par un collectif de chercheurs en sciences de l’information, intitulée :
« Les aléthoclastes de la crise sanitaire tardive »
Le mot est repris en boucle sur les réseaux sociaux.
🔥 Phase 1 – Indignation immédiate
- Influenceurs et figures complotistes dénoncent :
- un « terme méprisant d’élite »
- une « pathologisation de la dissidence »
- Le hashtag #AléthoclasteGate dépasse le million de mentions.
« Après complotiste, voici le nouveau mot pour faire taire ceux qui pensent autrement »
🔥 Phase 2 – Contre-feu rhétorique
Chroniques d’opinion titrées :
- « Aléthoclaste : quand les mots servent à disqualifier le peuple »
- « Les nouveaux censeurs ont trouvé leur insulte savante »
Tentative de renversement sémantique : certains se revendiquent ironiquement « aléthoclastes fiers ».
🧠 Phase 3 – Débat académique public
Des universitaires rappellent que :
- le mot décrit une pratique, pas une opinion ;
- il vise la destruction du cadre commun du vrai, non le désaccord ;
- il s’inscrit dans la tradition des concepts analytiques (idéologie, propagande, sophistique).
Une tribune remarquée :
« Traiter l’aléthoclaste comme une victime, c’est déjà céder à l’aléthoclasie. »
🏛️ Phase 4 – Institutionnalisation
- Le mot est repris dans :
- des rapports parlementaires sur la désinformation,
- des cours universitaires,
- des recommandations de l’ARCOM.
- En 2032 : entrée officielle dans les dictionnaires.
📌 Effet paradoxal
La polémique accélère la diffusion du terme. « Aléthoclaste » devient :
- un marqueur de rigueur analytique,
- un test de réception : si quelqu’un s’offusque du mot, c’est souvent qu’il s’y reconnaît.
🧾 Conclusion
« Toute société finit par nommer ce qui la menace.
L’aléthoclaste n’est pas une insulte : c’est un symptôme. »